Partager l'article ! Oiseaux d’été...poême de Marius DESTAGNOL: Oiseaux d’été, mes amours de toujours ! Je me suis ab ...
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Je me suis abreuvé à la source qui coule
Sous les grands ormes verts où, dans le clair matin,
La fauvette se rit du pigeon qui roucoule
Vers un amour perdu ou peut-être incertain.
Dans l’immense forêt, où le drame se cache,
A retenti l’appel cinglant comme un défi,
Du coucou maraudeur, jouant à cache-cache,
Hanté par le désir de tromper un ami !
J’ai vu soudain bondir, légère et guillerette,
Du champ qu’elle a fait sien pour la tendre saison,
Et monter dans l’azur, la fantasque alouette,
Vibrant petit point noir forçant le diapason.
Sur sa rame dressée, le traquet s’égosille,
A regarder le ciel, on le croirait jaloux !
Modeste et satisfait, bon père de famille,
Il chante pour les siens égaillés dans les choux..
L’épervier sanguinaire, en quête de victime,
Etant venu rôder en secteur interdit,
J’ai entendu crier partout : « Alerte au crime ! »
Et l’hirondelle agile a chassé le maudit.
J’ai contemplé longtemps la poignante envolée,
L’ardeur des tout petits dans ce sublime assaut,
Et le monstre fuyant l’escadre rassemblée,
Lardé de coups de bec, sans l’ombre d’un sursaut !
Les moineaux sont venus, futés et pleins d’audace,
Plus nombreux que jamais au festin matinal,
Habitués des lieux et régnant sur la place,
Quand la neige a tendu son linceul hivernal !
Le soleil va finir sa glorieuse ballade,
S’attardant sur les monts à travers le ciel d’or,
Et les merles en chœur entonnent leur aubade,
En regardant mourir les feux de Messidor.
Ces flûtistes du soir sont tous à leur pupitre,
Haut perchés dans les bois, se relayant sans fin,
Ils n’auront plus, bientôt, que la nuit pour arbitre,
Mais se retrouveront au concert du matin.
Les merles sont rentrés, fidèles au programme,
Et dans la paix du soir semblent s’être endormis.
Le jour s’est envolé, l’ombre à tissé sa trame,
Mais il est un seigneur qui relève le défi !
Comme s’il répondait au signal d’un Grand Maître,
Comme s’il était là pour le tableau final,
Le fringant rossignol, épuisant tout son être,
Fait monter dans la nuit son accent virginal.
« Chante doux rossignol, dans ton humble retraite,
Chante pour le Bon Dieu, le poète et l’amour,
Chante pour les amants qui s’en vont, en cachette,
Rêver auprès de toi jusqu’au lever du jour ! »
Le pinson ne vient plus, quêter sur ma fenêtre,
Il plastronne, comblé, tout au moins pour un temps ,
Et sa voix familière et plus vive peut-être,
Semble dire à chacun : « Profitez du printemps ! »
Eclatants de couleurs et de finesse exquise,
La fortune a voulu que deux chardonnerets,
Suspendent leur berceau dans les fleurs du cytise,
Pour cacher leur bonheur aux regards indiscrets.
Et depuis qu’ils sont là, colibris en liesse,
Trouant comme à plaisir les longues grappes d’or,
Ce ne sont que babils et concerts d’allégresse,
Autour de l’arbrisseau qui porte leur trésor.
Peut-être savez-vous déjà que je vous aime ?
Mais qu’il me soit permis, ô chers petits oiseaux,
D’étaler mon bonheur jusqu’à faire un poème,
Dont vous serez les purs et les charmants joyaux.
Il me faut racheter mes fautes de jeunesse,
Où jouait avant tout la passion des nids,
Combien de sacrilèges, las ! Je le confesse,
Pour elle n’ai-je pas imprudemment commis !
Dieu me pardonnera si je gagne à la cause,
De ses gentils oiseaux beaucoup de nos enfants !
Je suis homme à chercher l’amour de quelque chose,
Pour vouloir adoucir le poids de mes vieux ans !
Si j’ai pêché d’amour, au temps où l’on s’égare,
Je suis resté fidèle à voir fuir les saisons,
Autour de ce clocher se dressant comme un phare,
Sur le coteau paisible, abritant nos maisons.
J’étais, je suis resté le fils de cette terre,
Où j’ai vu tant de fois la neige après les fleurs,
Dont j’ai pu savourer le calme et le mystère,
Où j’ai vu succéder tant d’étés aux hivers.
Marius DESTAGNOL – Février 1955
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